LA PROMOTION DE LA FEMME DANS LE SECTEUR AGROALIMENTAIRE, LE SECRET DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE

Friday, January 14 2011

Danielle Mutone-Smith, Women Thrive Worldwide

Lors du 9ème Forum annuel de l’AGOA qui s’est tenu au mois d’août, plus de 35 femmes africaines chefs d’entreprise ont lancé le Programme African Women Entrepreneurship (AWEP) en collaboration avec le Secrétaire d’Etat américain Hillary Clinton. Lors de la première réunion du groupe qui s’est tenu au mois de décembre à Abuja, au Nigeria, Elaine Bellezza du Centre pour le Commerce de l’USAID a présenté l’œuvre du Centre pour le Commerce. La réunion qui était coparrainée par le Département d’Etat américain, Vital Voices Global Partnership et Exxon Mobil a facilité l’établissement de nouveaux liens parmi et entre les femmes d’affaires africaines, comprenait une formation en entreprenariat et a encouragé un échange d’informations. La réunion a souligné le rôle important que jouent les femmes en Afrique de l’Ouest dans le développement économique de la région. Vu l’initiative du AWEP, Tradewinds a invité  Danielle Mutone-Smith, directrice de la Politique agricole et commerciale mondiale à  Women Thrive Worldwide, à expliquer ce que  pouvaient faire les parties prenantes pour promouvoir les femmes dans l’agro-industrie.

 
Les entreprises appartenant à des femmes sont indispensables à la croissance éco
Les entreprises appartenant à des femmes sont indispensables à la croissance économique.
Mariam est une petite agricultrice au Burkina Faso. Sa journée commence avant la levée du soleil et elle a une lourde charge de travail. Elle ramasse et transforme généralement des noix de karité, transforme le riz et cultive trois groupes de champs - le terrain de son mari, sa petite parcelle de terre et un terrain communautaire qui appartient à une organisation féminine locale. En cas de surplus, Mariam se rend au marché local pour vendre ses produits ou les vend à des intermédiaires qui les revendent sur les marchés de Ouagadougou. Outre ce travail, elle doit s’occuper des enfants, nettoyer, préparer le dîner, puiser de l’eau et ramasser du bois.
 
Mariam, tout comme la plupart des femmes, contribue assurément à la prospérité de sa famille et de la communauté. Le travail domestique, dans les champs et dans la communauté, qui est pourtant important, n’est pas souvent inclus dans les modèles économiques ou les PIB. Les contraintes sociétales, les  lacunes en matière d’éducation et de formation ainsi que le manque d’accès aux services financiers et aux ressources de production ont désavantagé les femmes en les empêchant de participer directement au  marché officiel ou de devenir des entrepreneuses ou chefs d’entreprise.
 
Il est encourageant de voir augmenter le nombre de femmes en affaires ; selon des données de la Banque Mondiale, le nombre d’entreprises ayant des femmes parmi les propriétaires en 2009, en Afrique subsaharienne, dépassait légèrement  29%.   Le secteur le plus important en Afrique subsaharienne qui emploie des femmes est l’agriculture et la transformation alimentaire, toutefois les femmes qui sont des petites agricultrices sont souvent cantonnées dans la partie production de la chaîne de valeur. Deux moyens de s’assurer que les femmes ont accès à ces nouvelles opportunités économiques consistent premièrement à utiliser l’analyse selon le genre en vue de contribuer à identifier les débouchés et les obstacles et deuxièmement à s’assurer que les femmes peuvent s’exprimer.    
 
Utilisation de l’analyse selon le genre
En utilisant l’analyse selon le genre dans la chaîne de valeur agricole, les gouvernements et les agences de développement contribuent à assurer que les femmes et les hommes ont l’occasion de réussir. Selon l’USAID, «  lorsque les programmes relatifs aux chaînes de valeur sont conçus en intégrant des principes d’égalité des genres, elles peuvent encourager la compétitivité et des objectifs d’égalité des genres en vue d’améliorer l’impact de la réduction de la pauvreté. »  L’analyse selon le genre peut permettre de découvrir les contraintes et obstacles particuliers auxquels font face les femmes et les hommes le long de la chaîne de valeur, pour accéder aux marchés et développer leurs affaires. 
 
Les parties prenantes devraient profiter d’une attention renouvelée des gouvernements africains et de la communauté internationale pour le développement agricole tels que les engagements pris  lors du sommet du G-8 à l’Aquila pour utiliser l’analyse selon le genre et concevoir des programmes et des politiques qui permettront aux femmes d’avancer dans la chaîne de valeur, d’accéder aux marchés et de contribuer au développement économique.  
 
Une telle opportunité existe dans le cadre du  Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine (PDDDA), un programme de NEPAD, qui engage les gouvernements à consacrer 10 pour cent des budgets nationaux au développement agricole, à l’accès au marché, à la technologie, à la recherche et aux questions connexes. Le processus de définition des domaines prioritaires d’investissement et  les discussions sur les politiques s’effectuent à travers une série de réunions de parties prenantes et de sondages pour s’assurer que le plan PDDAA qui en résulte tient compte des vues de toutes les parties prenantes. 
 
Certains pays tels que le Sénégal, ont fait un bon travail en incluant les femmes et les hommes dans l’identification des différentes contraintes auxquelles ils font face dans le secteur agricole et classer les domaines d’activité par ordre de priorité en vue de contribuer à réduire ces obstacles. Toutefois dans d’autres cas, il reste beaucoup à faire.
 
L’analyse de chaque pays ou région à travers le processus du PDDAA peut aboutir à un ensemble différent de domaines prioritaires. Par exemple, le compact PDDAA du Mali comprend le renforcement des capacités et la formation ainsi que la recherche comme deux des cinq domaines prioritaires. Au Sénégal, deux domaines prioritaires comprennent l’intégration des petits agriculteurs et des moyennes entreprises dans l’approche du développement agricole en plus de la création de partenariats et d’alliances pour l’amélioration de la chaîne de valeur. Au sein de chacun de ces domaines prioritaires, l’analyse selon le genre peut contribuer à concevoir des politiques et des programmes spécifiques qui permettront de traiter les  obstacles auxquels font face les hommes et les femmes.  Par exemple, les mauvaises infrastructures des zones rurales telles que l’absence d’entrepôts après récolte pour les coopératives de femmes, des systèmes de transport peu sûrs et limités pourraient entraver l’accès des femmes rurales telles que Mariam aux marchés urbains.   
 
Des améliorations ciblées dans ces domaines pourraient contribuer à réduire les pertes d’après récolte et à vendre les produits  agricoles ainsi que permettre aux agricultrices et aux coopératives de participer au marché agricole et d’améliorer leur statut économique.
 
Faire écho aux voix des femmes
Les femmes jouent également un rôle important dans le plaidoyer en faveur de leurs priorités et besoins au sein de la chaîne de valeur agricole grâce à leur pouvoir de négociation.  La majorité des agricultrices de l’Afrique exercent des activités agricole à petite échelle et ne possèdent pas les terres qu’elles cultivent par rapport à leurs homologues masculins qui en général possèdent les exploitations moyennes et grandes ou en sont des employés. En raison de toutes leurs autres responsabilités, il est difficile aux agricultrices individuelles de plaider efficacement leur cause et  pour de meilleures conditions.  Ce genre d’activité est en général mieux facilité à travers les coopératives et les associations paysannes. 
 
Prenez par exemple le cas du Development Action Association (DAA) au Ghana.  Le DAA est une organisation faîtière représentant 50 coopératives de femmes et d’organisations paysannes. A travers leur voix collective et le leadership dynamique de la directrice exécutive Lydia Sasu, elles ont pu avoir accès aux dialogues des parties prenantes du PDDAA dans leur pays et représenter le besoin urgent d’une approche au développement agricole et à l’accès au marché sensible au genre. Le DAA est en train de contribuer à réorienter une partie du débat du PDDAA sur  la manière de mieux  prioriser  les investissements dans le secteur agricole pour y intégrer une focalisation sur les besoins spécifiques des petits agriculteurs et agricultrices.
 
Depuis la création de l’organisation,  Mme Sasu et le DAA ont fait entendre la voix des femmes qui se trouvent sur le terrain ce qui a abouti à un accès amélioré aux ressources, aux outils et à la formation. Cela les a rendues plus efficaces et productives dans leur travail. Ensemble, les femmes du DAA peuvent soulever le problème au niveau national.
 
Le DAA a organisé  le 15 octobre une rencontre pour la Journée internationale de la Femme rurale intitulée « Construisons un avenir durable aves les  Femmes rurales » en vue d’attirer l’attention sur la contribution des femmes à l’agriculture et se pencher sur les meilleurs moyens d’augmenter la participation des femmes le long de la chaîne de valeur du marché.  
 
Les femmes dans le secteur des affaires comptent sur leur propre ingéniosité, labeur et créativité pour réussir. Toutefois en l’absence de politiques de soutien, tel qu’à travers le PDDAA, le succès est souvent durement acquis. Grâce à des outils tels que l’analyse selon le genre et le plaidoyer des coopératives et des associations de femmes, les gouvernements peuvent reconnaître et cibler les obstacles supplémentaires auxquels font face les femmes dans le secteur agro-industriel.  Lorsque ces inégalités seront abordées, les différents pays récolteront les avantages économiques découlant d’une pleine participation des femmes à l’économie.
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